Dans le masque de Toutânkhamon d’une pièce moderne, dans les chameaux d’un ancien billet ou dans une mosquée gravée sur le polymère, plusieurs Égyptes se rencontrent. La livre, née au XIXe siècle, hérite d’une histoire monétaire beaucoup plus ancienne. La suivre, c’est apprendre à regarder ce qui passe de main en main.
01 / EGPAvant les pièces : compter, peser, payer
Bien avant que le visage d’un souverain soit frappé dans le métal, l’Égypte sait mesurer la valeur. Les récoltes sont entreposées, les prestations enregistrées, les quantités de grain et de métal comparées. Le deben, que l’on rencontre dans les textes anciens, est une unité de poids : imaginer une « pièce d’un deben » dans la poche d’un bâtisseur des pyramides serait un anachronisme.
Il faut aussi se méfier de la formule selon laquelle toute l’économie pharaonique reposerait sur un simple troc. Un objet peut être évalué en poids de cuivre et payé au moyen de biens différents, dont les valeurs sont additionnées. Comptabilité, crédit, paiements en nature et métal pesé peuvent coexister. L’existence d’une mesure commune permet précisément de dépasser la rencontre fortuite de deux personnes désirant échanger leurs marchandises.
Un exemple conservé dans la documentation de Deir el-Médina est particulièrement parlant : un cercueil évalué à 25,5 deben de cuivre est réglé par un ensemble comprenant des chèvres, un porc, du bois et du cuivre. Le Royal Ontario Museum le cite pour montrer la différence entre le prix exprimé dans une unité et les biens effectivement remis. Cette distinction accompagnera toute l’histoire monétaire : la monnaie ne se réduit jamais à la seule forme matérielle du paiement.
Sources du chapitre : UCL — Measuring weight in Ancient Egypt · Royal Ontario Museum — Weight
02 / EGPAlexandrie : le portrait et l’aigle
Les premières frappes monétaires égyptiennes appartiennent à la Basse Époque ; leur production est notamment associée au paiement de soldats grecs. C’est sous les Ptolémées, la dynastie issue du partage de l’empire d’Alexandre, que les émissions deviennent régulières. À partir de Ptolémée II, la circulation des pièces prend une ampleur nouvelle. Le monde des balances et des comptes n’est pas aboli : il accueille un nouvel instrument.
Le tétradrachme, dont le nom signifie quatre drachmes, permet de comprendre cette transformation. La pièce porte une autorité identifiable. Le portrait dynastique et l’aigle sur le foudre installent un répertoire visuel que l’on reconnaît d’une émission à l’autre. L’exemplaire de Ptolémée VIII présenté ici, daté par le Metropolitan Museum de 164–145 avant notre ère, rappelle aussi que le monnayage lagide dépasse les frontières de l’Égypte actuelle : son atelier est possiblement situé en Cyrénaïque.
L’argent n’est pas abondant dans le sous-sol égyptien. Les bronzes jouent donc un rôle important dans les échanges locaux ; la valeur faciale d’une monnaie ne peut pas toujours s’expliquer par son seul poids de métal. Après la conquête romaine de 30 avant notre ère, Alexandrie reste un centre de frappe. Des tétradrachmes y portent désormais l’effigie impériale, comme celui de Dioclétien conservé au British Museum. Un nom de valeur traverse les siècles, tandis que le métal, le pouvoir et les circuits de paiement changent.


Sources du chapitre : UCL — Coins of the Ptolemies · British Museum — Diocletian, Alexandrian tetradrachm IOLC.4738
03 / EGPDinars et dirhams : le pouvoir dans les inscriptions
L’Égypte entre au VIIe siècle dans le monde des pouvoirs musulmans. Les monnaies byzantines et sassanides fournissent d’abord des modèles et des moyens de paiement. La réforme du calife omeyyade Abd al-Malik donne ensuite une place centrale aux inscriptions arabes ; le dinar d’or de l’an 77 de l’hégire, soit 696–697, constitue un jalon majeur. Dinar d’or, dirham d’argent et monnaies de cuivre n’ont ni le même rôle ni les mêmes usages.
Sous les Fatimides, installés en Égypte au Xe siècle, l’or relie les places marchandes d’un vaste espace méditerranéen. Le dinar d’al-Hakim reproduit ici est daté de 388 de l’hégire, soit 998, et attribué à Tyr. Il ne faut donc pas le légender « frappé au Caire ». Il témoigne du rayonnement d’un pouvoir dont le centre est égyptien, et des déplacements du métal entre ses provinces et ses ports.
Sur ces objets, les inscriptions remplissent une fonction politique autant que religieuse. Elles nomment une autorité et affirment une légitimité. Le répertoire n’est pourtant pas exclusivement abstrait : un dinar de Baybars présenté par le ministère égyptien des Antiquités comporte un lion, emblème personnel du sultan mamelouk. Bien avant les mosquées et les pharaons des billets modernes, la monnaie sert déjà à choisir ce que le pouvoir veut donner à voir.

Sources du chapitre : Ministry of Tourism and Antiquities — Gold dinar of Baybars · The Met — Dinar, 388 AH / 998 CE, 39.72
04 / EGP1834–1836 : la réforme de Méhémet Ali
Au début du XIXe siècle, l’Égypte appartient encore formellement à l’Empire ottoman, mais Méhémet Ali, ou Muhammad Ali, construit un pouvoir largement autonome. Administrer l’impôt, entretenir une armée et organiser les échanges exige des références monétaires plus cohérentes dans un pays où circulent plusieurs espèces.
Deux dates doivent être distinguées. En 1834, un décret prévoit un système fondé sur l’or et l’argent ; en 1836, la livre égyptienne est frappée et mise en circulation, selon la chronologie de la Banque centrale. Le bimétallisme signifie que les deux métaux participent à la définition du système. Il suppose aussi de fixer leur rapport, alors que leurs valeurs commerciales peuvent évoluer différemment.
La livre ne naît donc ni de l’occupation britannique de 1882 ni de l’ouverture du canal de Suez en 1869. Ces événements modifieront son environnement, pas sa date de naissance. Le mot « livre » peut donner au lecteur français l’impression d’une copie de la sterling ; l’unité égyptienne possède pourtant sa propre histoire et ne doit pas être confondue avec elle.
La réforme ne fait pas disparaître immédiatement les monnaies étrangères. La Banque centrale souligne au contraire que les ateliers locaux ne satisfont pas tous les besoins du grand commerce : les autorités fixent donc légalement la valeur d’espèces étrangères admises dans les règlements. L’unification d’une monnaie est un processus concret, dépendant de l’approvisionnement en pièces autant que du texte d’un décret.
Sources du chapitre : Central Bank of Egypt — Banknote history
05 / EGPLire les valeurs : livre, piastre, millième
La livre est l’unité, la piastre sa centième partie, le millième sa millième partie. Mais présenter ces trois échelons comme une invention achevée dès 1834 effacerait les étapes de leur histoire. La piastre, ou qirsh, précède la livre ; les petites subdivisions héritées de l’époque ottomane ne doivent pas être projetées telles quelles sur toutes les séries modernes.
| Unité | Équivalence nominale | Sur les objets |
|---|---|---|
| 1 livre | 100 piastres | جنيه · pound · LE / E£ · EGP |
| 1 piastre | 10 millièmes | قرش · qirsh · piastre |
| 1 millième | 1/1 000 de livre | مليم · millieme |
Ces équivalences servent à lire les monnaies, pas à mesurer leur pouvoir d’achat à toutes les époques. Les dix qirsh de Farouk représentés plus loin correspondent nominalement à un dixième de livre, mais leur place dans le budget d’un ménage n’est pas celle d’une somme identique aujourd’hui. La valeur de collection, le prix du métal et la valeur faciale sont également trois notions distinctes.
Le lecteur rencontre en outre plusieurs écritures : la valeur en arabe, une transcription latine et parfois deux dates. Une année de l’hégire et une année grégorienne ne sont pas nécessairement deux millésimes contradictoires. Comme les années lunaires et solaires ne se recouvrent pas exactement, une conversion demande de la prudence. Sur une monnaie ancienne, il faut aussi distinguer date d’accession d’un souverain et année effective de frappe.
06 / EGP1899 : le papier entre dans le paysage
À la fin du XIXe siècle, les paiements importants restent étroitement liés aux monnaies d’or. Le métal est familier et tangible ; un billet, lui, demande de croire à la promesse d’un établissement. Fondée en 1898, la National Bank of Egypt, le futur établissement connu en français comme Banque nationale d’Égypte, reçoit le privilège d’émettre des billets convertibles en or. Ses premières émissions commencent le 3 avril 1899.
Le billet aux chameaux appartient à cet univers. L’encadrement, les signatures, les numéros et les inscriptions ne sont pas un simple décor : ils identifient l’émetteur et matérialisent son engagement. Il convient de distinguer la fondation de la banque en 1898 de la première émission de 1899 ; cette confusion se retrouve jusque dans certaines légendes d’images.
La présence du nom anglais de la banque rappelle l’insertion de l’Égypte dans les circuits financiers internationaux et le contexte de domination britannique. Elle ne transforme pas le billet en sterling. Deux monnaies peuvent être liées par leurs usages et leurs conditions de conversion tout en restant des unités différentes.
Le 2 août 1914, dans le contexte de la guerre mondiale, un décret donne aux billets égyptiens cours légal et suspend leur convertibilité en or. La rupture porte sur le fondement du paiement : remettre un billet ne signifie plus pouvoir exiger dans les mêmes conditions son équivalent métallique. L’or recule dans les transactions, tandis que la livre de papier devient la référence centrale du système.

Sources du chapitre : Central Bank of Egypt — Banknote history
07 / EGPLe royaume : portraits, filigranes et petites pièces
L’indépendance proclamée en 1922 et l’établissement du royaume modifient les signes de souveraineté, sans imposer une nouvelle unité monétaire. Les pièces peuvent porter le nom et le portrait du souverain ; les billets suivent une chronologie iconographique différente. Il ne faut pas déduire de l’effigie de Fouad sur une pièce qu’il existe nécessairement un billet comparable à son portrait.
La présidence égyptienne rappelle un épisode singulier de 1926 : le billet d’une livre couramment appelé « livre du paysan », associé à la figure d’Idriss. Cette image inscrit une présence humaine quotidienne dans un objet officiel. Les récits pittoresques sur l’identité ou la fortune du modèle ne sont pas nécessaires pour apprécier le changement : la monnaie peut représenter un habitant, pas seulement un emblème ou un bâtiment.
En 1930, le filigrane entre dans les billets égyptiens. Le contrôle ne dépend plus uniquement d’un dessin compliqué à copier : une caractéristique du papier devient elle-même un signe d’authenticité. Le revers de la livre de 1930, reproduit ici, permet d’observer comment le monument s’insère entre les espaces réservés à la valeur et au filigrane.
Farouk, devenu roi en 1936, est représenté sur les monnaies métalliques et sur des billets de la fin de la monarchie. La pièce de dix qirsh fournit un autre registre : un portrait, un titre, une dénomination. Il faut lire ses deux faces ensemble. L’effigie indique une autorité ; la valeur et les légendes disent dans quel système l’objet doit circuler.


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08 / EGPLa République : fabriquer sa monnaie
La révolution de 1952, puis la proclamation de la République en 1953, transforment les institutions et les représentations du pays. La livre demeure. Pour un détenteur de billets, changer de régime ne signifie donc pas automatiquement changer d’unité, ni retrancher des zéros dans les comptes. La continuité du nom monétaire traverse cette importante rupture politique.
La souveraineté se joue aussi dans les ateliers. La création d’une Monnaie nationale moderne est décidée par la loi de 1950, avant la République ; les pièces issues de sa production commencent à circuler au milieu de 1954. Ce décalage rappelle qu’une institution industrielle ne naît pas au seul moment de son inauguration : il faut acquérir les machines, organiser les équipes et maîtriser la frappe.
La création de la Banque centrale, prévue par la législation de 1960, distingue l’émission monétaire de l’activité de la National Bank of Egypt. Sur les billets, le nom du nouvel émetteur est un indice historique de premier ordre. La livre de 1967 illustrée ci-dessous doit ainsi être lue comme un document de la Banque centrale, et non comme une nouvelle émission de la banque fondée en 1898.
Un deuxième chantier concerne le papier. La Banque centrale situe l’ouverture de sa propre imprimerie à 1967. Ses pages institutionnelles divergent sur le détail du démarrage des différentes productions en décembre 1967 ou décembre 1968 ; il est plus juste de retenir l’ouverture de 1967 que de fabriquer une précision trompeuse. L’enjeu est net : réaliser en Égypte une production de sécurité longtemps effectuée à l’étranger.


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09 / EGPMosquées et Antiquité : deux faces d’un même récit
Les billets égyptiens sont de petits parcours à travers les âges. Leur iconographie rapproche fréquemment une mosquée et un motif de l’Égypte ancienne. L’ensemble ne doit pas être lu comme une succession où une époque effacerait l’autre : la composition rassemble des héritages qui coexistent dans l’identité du pays.
La livre redessinée en 1979 fournit un exemple précis : la mosquée du sultan Qaitbay figure sur une face et Abou Simbel sur l’autre. Sur le papier, les monuments changent d’échelle. Les façades, les statues et les arabesques sont ajustées aux contraintes de la gravure, aux emplacements des chiffres et aux marges réservées aux dispositifs de sécurité. Un billet est une interprétation graphique du patrimoine, pas une simple photographie d’architecture.
Le choix de monuments plutôt que de dirigeants vivants contribue à donner aux séries une durée visuelle. Les deux langues de leurs inscriptions, l’arabe et l’anglais, rendent également les valeurs lisibles au-delà d’un seul public. Pour identifier une émission, il faut cependant regarder l’ensemble : une couleur ou un monument peut survivre à plusieurs signatures et à plusieurs révisions techniques.
Les grandes coupures arrivent par étapes. La chronologie d’émission de la Banque centrale donne mai 1977 pour vingt livres, mai 1979 pour cent livres, mars 1993 pour cinquante livres et mai 2007 pour deux cents livres. Une page anglaise consacrée à l’imprimerie regroupe à tort vingt et cent livres en 1979 ; le dossier suit la chronologie d’émission, recoupée avec la version arabe de l’histoire de l’imprimerie. Ces dates décrivent l’élargissement de la gamme, sans raconter à elles seules toute l’évolution des prix.


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10 / EGPToutânkhamon dans la main : pièces et commémorations
La pièce bimétallique d’une livre transpose cette mémoire nationale dans un objet que l’on peut reconnaître au toucher. Son centre et sa couronne produisent un contraste immédiat ; le masque de Toutânkhamon donne à la valeur un visage célèbre. Il ne s’agit ni d’une monnaie pharaonique retrouvée ni d’une pièce d’or antique, mais d’une création moderne employant une image de l’Antiquité.
La distinction est essentielle : l’ancienneté du motif n’est pas celle de l’objet. La photographie de John Alan Elson, réalisée en 2014, montre le type ; la date de la numérisation ne doit pas devenir automatiquement son millésime. Un catalogue numismatique rigoureux distingue l’image, le modèle monétaire, l’exemplaire et sa date de fabrication.
Les commémorations donnent à la frappe un autre rôle. La Monnaie égyptienne répertorie une livre de circulation de 2015 consacrée à l’ouverture du nouveau canal de Suez. On y célèbre un ouvrage contemporain avec le même instrument que pour un patrimoine très ancien : une face de pièce, une valeur et un motif immédiatement partageable.
Il existe aussi des émissions qui ne sont pas destinées à passer de main en main. En octobre 2025, le ministère des Finances annonce pour le Grand Musée égyptien une série commémorative non circulante en or et en argent, avec des valeurs nominales allant d’une à cent livres. La dénomination n’en fait pas une simple réserve de monnaie quotidienne : matériaux, tirages, présentation et destination aux collectionneurs changent sa fonction. Une pièce commémorative circulante et une émission de collection ne doivent donc pas être assimilées.


Sources du chapitre : Egyptian Mint — One pound, New Suez Canal, 2015 · Ministère des Finances / Ministry of Finance — Grand Egyptian Museum commemorative coins, 29 October 2025
11 / EGP2022–2023 : la transparence du polymère
Le 5 juillet 2022, la Banque centrale introduit son premier billet en polymère, la coupure de dix livres. Le changement se voit et se sent : une matière plastique remplace le support papier et permet notamment une fenêtre transparente. Il ne s’agit pas d’une nouvelle livre, mais d’une nouvelle manière de fabriquer un billet de même valeur nominale.
Présentée par la Banque centrale à l’International Association of Currency Affairs, cette émission associe la mosquée Al-Fattah Al-Alim, située dans la nouvelle capitale administrative, à la figure d’Hatchepsout. L’architecture récente rejoint le patrimoine ancien. La fenêtre et ses éléments optiques font de la matière elle-même une partie de l’image et de la sécurité.
Le 20 juin 2023, l’émission de vingt livres en polymère prolonge l’expérience. La mosquée de Muhammad Ali figure sur une face ; Cléopâtre, les pyramides et d’autres références antiques sur l’autre. Des repères tactiles facilitent la reconnaissance de la valeur pour les personnes aveugles ou malvoyantes. Ils rappellent qu’un billet doit fonctionner pour les mains autant que pour les yeux.
Lors du lancement, la Banque centrale précise que le billet de vingt livres en papier reste valable aux côtés de celui en polymère. Un nouveau support ne signifie donc pas le retrait automatique de la version précédente. Les qualités de résistance et de durée de vie annoncées motivent le choix technique ; elles ne constituent pas une réforme de l’unité de compte. Depuis le métal pesé jusqu’aux fenêtres transparentes, les dispositifs changent pour rendre l’objet identifiable et digne de confiance.

Sources du chapitre : IACA / Central Bank of Egypt — Egypt 10 Pound · Central Bank of Egypt — 20-pound polymer, 20 June 2023
Les billets en images



12 / EGPLes réformes du change : conserver le nom, changer les règles
La continuité du nom « livre » ne signifie pas que la valeur extérieure de la monnaie soit restée immobile. Les règles de conversion avec les autres devises ont changé à plusieurs reprises. Il faut distinguer trois histoires : celle de l’unité, celle de ses objets matériels et celle du régime de change.
Le 29 janvier 2003, les autorités passent d’une bande de fluctuation à un régime plus flexible. L’étude historique du FMI montre que cette transition connaît ensuite des difficultés et des ajustements. Le flottement de 2016 ne peut donc pas être présenté comme la première tentative égyptienne de laisser davantage jouer les prix de marché.
Le 3 novembre 2016, une nouvelle libéralisation s’accompagne d’une forte dépréciation. Pour les ménages, les effets se transmettent notamment au prix des produits importés et aux dépenses dont les coûts dépendent de devises étrangères. Pour une entreprise, le coût de remplacement d’un stock peut changer avant que les recettes n’aient suivi. Ce sont des conséquences concrètes ; elles ne nécessitent pas une liste de cours quotidiens vite périmés.
Les tensions de 2022–2024 et le retour à davantage de flexibilité en mars 2024 rappellent qu’une réforme annoncée n’assure pas définitivement l’unification des marchés. Présenter 2016 comme la disparition irréversible du marché parallèle serait trompeur. Il serait tout aussi inexact de décrire ces épisodes comme une succession de nouvelles monnaies : les billets restent libellés en livres égyptiennes. La variation d’un cours ne doit pas être confondue avec une conversion monétaire supprimant des zéros.
Cette longue histoire donne ainsi deux repères complémentaires. Une institution et une dénomination peuvent durer ; les conditions dans lesquelles elles sont utilisées évoluent. Les pièces et les billets gardent les traces visibles de ces transformations, dans le nom de leur émetteur, leurs matériaux, leurs motifs et leurs moyens de sécurité.
Sources du chapitre : IMF — Achieving Exchange Rate Flexibility, Egypt · IMF — Egypt, Extended Arrangement, 2017 · IMF — Egypt, First and Second Reviews, April 2024
13 / EGPUne chronologie à garder sous les yeux
| Repère | Ce qui change |
|---|---|
| Égypte pharaonique | Des poids et des comptes permettent de mesurer la valeur avant la généralisation des pièces. |
| Époque lagide | Frappes régulières, portraits dynastiques et aigle ; développement de la circulation métallique. |
| 1834 / 1836 | Décret bimétallique, puis frappe et circulation de la livre. |
| 1898 / 1899 | Fondation de la National Bank of Egypt, puis premiers billets. |
| 1914 | Cours légal des billets et suspension de la conversion en or. |
| 1930 | Introduction du filigrane dans les billets. |
| 1950 / 1954 | Création légale de la Monnaie moderne, puis production circulante. |
| 1960 / 1967 | Législation créant la Banque centrale ; ouverture de son imprimerie. |
| 2003 / 2016 / 2024 | Étapes de réforme du régime de change, sans changement de nom de l’unité. |
| 2022 / 2023 | Billets de dix, puis vingt livres en polymère. |
Sources et crédits
Dossier vérifié le 15 octobre 2026. Les références sont rattachées aux chapitres ; les notices de collection identifient chaque objet. Les liens documentaires demandent une connexion, mais le récit et toutes les illustrations restent consultables hors connexion.
- UCL — Measuring weight in Ancient Egypt
- Royal Ontario Museum — Weight
- UCL — Coins of the Ptolemies
- British Museum — Diocletian, Alexandrian tetradrachm IOLC.4738
- The Met — Dinar, 388 AH / 998 CE, 39.72
- Ministry of Tourism and Antiquities — Gold dinar of Baybars
- Central Bank of Egypt — Banknote history
- Présidence égyptienne / Egyptian Presidency — Histoire monétaire / Currency history (arabe / Arabic)
- Egyptian Mint — History (arabe / Arabic)
- Central Bank of Egypt — Printing House, history
- Central Bank of Egypt — Printing House, history (arabe / Arabic)
- IACA / Central Bank of Egypt — Egypt 10 Pound
- Central Bank of Egypt — 20-pound polymer, 20 June 2023
- IMF — Achieving Exchange Rate Flexibility, Egypt
- IMF — Egypt, Extended Arrangement, 2017
- IMF — Egypt, First and Second Reviews, April 2024
- Egyptian Mint — One pound, New Suez Canal, 2015
- Ministère des Finances / Ministry of Finance — Grand Egyptian Museum commemorative coins, 29 October 2025
Illustrations : reproductions documentaires, non à l’échelle. Les licences des photographies et numérisations sont indiquées sous chaque image. Le statut des dessins monétaires est distingué de celui des reproductions dans le manifeste des images. Pour les émissions égyptiennes, la référence retenue est la classification des documents officiels exposée par Commons, rubrique Égypte. Les photographies sous CC BY-SA conservent leur licence. Voir le README pour les arbitrages historiques et les limites documentaires.
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