JEP · Jersey

La livre de Jersey : une île, plusieurs mémoires

Des sous français aux billets trilingues : l’histoire de la livre de Jersey, ses pièces en fractions de shilling, ses billets de nécessité et son patrimoine.

£ · Sterling à parité100 pence depuis 1971Émetteur : États de Jersey

Dossier historique illustré · Français

Sur un penny de Jersey du XIXe siècle, une fraction étonne : un treizième de shilling. Ce petit nombre raconte une île liée à la Couronne britannique, longtemps habituée aux sous français. De ces ajustements patients naît une monnaie dont les pièces et les billets conservent les voix, les lieux et les souvenirs du territoire.

1834Le sterling devient la référence légale
1841Les pièces en treizièmes de shilling
1941Les billets de nécessité des États
1971Une livre, cent nouveaux pence

Avant la livre : l’île des trésors

Bien avant le portrait de Victoria ou les billets des États, des monnaies traversent déjà la mer autour de Jersey. Le trésor de Grouville, découvert en 2012 par Reg Mead et Richard Miles, en apporte un témoignage spectaculaire. Des dizaines de milliers de pièces de la fin de l’âge du Fer sont enfouies avec des bijoux et d’autres objets précieux. Les monnaies coriosolites relient notamment l’île aux populations de l’Armorique voisine.

Ce dépôt ne raconte pas la naissance d’une « livre celtique ». Il rappelle que l’histoire monétaire d’un territoire commence par les objets qui y circulent, parfois frappés ailleurs. Pourquoi cette richesse fut-elle enterrée ? Le contexte des bouleversements de la conquête romaine offre une piste ; l’identité des déposants et leurs intentions demeurent des questions de recherche.

Le trésor de Grouville (Le Câtillon II), photographié en juillet 2012 pendant son étude. L’amas conserve les traces d’un enfouissement antique ; il ne constitue pas une émission de la livre de Jersey.
Le trésor de Grouville (Le Câtillon II), photographié en juillet 2012 pendant son étude. L’amas conserve les traces d’un enfouissement antique ; il ne constitue pas une émission de la livre de Jersey.Man vyi · Notice source · Public domain — PD-self · format optimisé

Le trésor romain des Quennevais, découvert au XIXe siècle dans la paroisse de Saint-Brélade, élargit cette histoire. Les monnaies impériales témoignent à leur tour des contacts avec le monde gallo-romain. Une pièce est alors à la fois du métal, un moyen de règlement et un message : le portrait et les inscriptions affirment l’autorité de l’émetteur jusque dans une île située à la lisière de ses grands circuits.

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Compter en livres, payer en monnaies françaises

L’histoire constitutionnelle explique une partie de cette singularité. En 1204, lorsque Jean sans Terre perd la Normandie continentale, les îles restent attachées à la Couronne anglaise. Jersey conserve des institutions et des usages propres. Ce lien politique ne transforme pas immédiatement la monnaie de ses marchés : les échanges avec les côtes françaises continuent de nourrir la circulation des espèces.

Durant des siècles, la livre tournois sert de référence aux comptes. Une livre se divise en vingt sous, chaque sou en douze deniers. Il faut distinguer cette unité de compte des pièces réellement remises au vendeur. Un compte peut être exprimé en livres sans qu’il existe dans la bourse une pièce correspondant exactement à cette livre.

Les autorités doivent donc fixer la valeur locale de monnaies différentes, suivre leur poids et leur état, et composer avec les changements décidés de l’autre côté de la mer. Un écu français et une somme de livres inscrite dans un contrat ne sont pas interchangeables sans calcul. Les rentes, les dettes et les paiements dus à la Couronne rendent ces équivalences particulièrement sensibles.

Ce paysage monétaire rappelle une réalité longtemps ordinaire en Europe : l’unité dans laquelle on compte, le métal dont on dispose et l’autorité politique à laquelle on appartient ne coïncident pas nécessairement. La Jersey moderne hérite de cette capacité à concilier des appartenances différentes.

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Du conflit des liards à la réforme de 1834

En 1730, la contestation dite des Six-au-Sou montre combien une réforme apparemment technique peut toucher la vie quotidienne. Le passage contesté de quatre à six liards pour un sou diminue la valeur des petites espèces détenues par les habitants. Pour qui possède surtout du cuivre mais doit acquitter une somme fixe, le changement est très concret : il faut davantage de pièces pour éteindre la même dette.

L’affaire ne se réduit donc pas à une querelle de vocabulaire. Elle met en jeu la répartition des pertes entre débiteurs et créanciers, les décisions des autorités locales et leur rapport à la Couronne. La monnaie est une convention collective dont la modification peut défaire les équilibres d’une communauté.

Au début du XIXe siècle, les difficultés d’approvisionnement en monnaies anciennes et la place grandissante des échanges britanniques favorisent une nouvelle solution. La réforme applicable le 1er octobre 1834 fait de la monnaie anglaise la référence légale. Le texte est conservé sous le titre Loi (1835) sur la monnaie : ce millésime documentaire ne doit pas faire déplacer la date d’effet.

Une règle nouvelle n’efface pourtant pas instantanément les habitudes. Les petits paiements continuent de porter l’empreinte des sous français. La transition s’inscrit bientôt dans le métal lui-même.

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1841 : pourquoi treize pennies font un shilling

Les pièces de cuivre datées de 1841 constituent une réponse particulièrement ingénieuse. Le penny local représente deux sous, soit 1/13 de shilling. Le demi-penny vaut un sou, soit 1/26 ; le farthing, un demi-sou, soit 1/52. Ces fractions inhabituelles ne sont ni une fantaisie de collectionneur ni une erreur de gravure : elles maintiennent un pont entre deux systèmes de paiement.

Un treizième de shilling, 1851, cuivre : Victoria à l’avers, les trois lions de Jersey au revers. La fraction traduit le passage des sous français au sterling.
Un treizième de shilling, 1851, cuivre : Victoria à l’avers, les trois lions de Jersey au revers. La fraction traduit le passage des sous français au sterling.Петров Эдуард (Eduard Petrov) · Notice source · CC0 1.0 · format optimisé

Sur le cuivre, le portrait de Victoria et les armes de Jersey réunissent deux dimensions de l’autorité. La souveraine apparaît à l’avers ; au revers, l’écu aux trois lions et la mention States of Jersey désignent l’émission locale. L’exemplaire de 1851 illustré ici permet de lire cette double signature sans avoir à imaginer une monnaie entièrement indépendante du sterling.

Le cuivre cède ensuite la place au bronze dans les émissions de 1866. La technique évolue, tout comme le dessin du portrait : Leonard Charles Wyon intervient sur cette nouvelle présentation. En revanche, les fractions en treizièmes et vingt-sixièmes demeurent encore. Pour le lecteur d’une pièce, le millésime, le métal et la légende racontent ainsi des évolutions qui ne se produisent pas toutes à la même date.

Un objet aussi modeste qu’un sou restitue mieux cette transition que l’idée d’un remplacement instantané. Les autorités ont choisi de rapprocher progressivement les usages locaux de la comptabilité en sterling.

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1877 : l’alignement et la marque des ateliers

Le rapprochement s’achève pour les petites pièces en 1877 : le penny vaut désormais 1/12 de shilling, le demi-penny 1/24 et le farthing 1/48. Une pétition de commerçants du 25 février 1876, rapportée par le numismate B. Lowsley, précède cette modification. Les besoins des boutiques et des comptoirs participent donc directement à l’histoire des dénominations.

Demi-penny de 1888, revers : « ONE TWENTY FOURTH OF A SHILLING ». Après 1877, la fraction correspond au système britannique de douze pence par shilling.
Demi-penny de 1888, revers : « ONE TWENTY FOURTH OF A SHILLING ». Après 1877, la fraction correspond au système britannique de douze pence par shilling.Jerry “Woody” · Notice source · CC BY-SA 2.0 · format optimisé
Avers du même type de demi-penny de 1888 : le portrait de Victoria associe l’émission insulaire à la souveraine.
Avers du même type de demi-penny de 1888 : le portrait de Victoria associe l’émission insulaire à la souveraine.Jerry “Woody” · Notice source · CC BY-SA 2.0 · format optimisé

L’inscription fractionnaire subsiste alors même que la valeur rejoint celle du penny britannique. Le demi-penny de 1888 conserve la formule « un vingt-quatrième de shilling » : une façon locale de dire une valeur désormais commune.

Il faut aussi distinguer le pouvoir d’émettre de la fabrication matérielle. Jersey décide de ses espèces sans qu’un atelier insulaire produise nécessairement les pièces. Pour la commande de 1877, Lowsley indique un passage par la Royal Mint et une frappe réalisée par Ralph Heaton, à Birmingham. La lettre H, lorsqu’elle figure sur ces émissions, renvoie à cet atelier ; elle n’est pas une initiale de paroisse.

Cette distinction éclaire le travail numismatique. Le nom de l’émetteur répond à la question « qui garantit cette pièce ? » ; la marque d’atelier répond à « qui l’a fabriquée ? ». Le graveur apporte une troisième signature, parfois réduite à quelques lettres sous le portrait. Lire une monnaie consiste à réunir ces indices plutôt qu’à s’arrêter à sa valeur faciale.

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Banquiers, promesses et titres de papier

La livre jersiaise ne se raconte pas seulement dans le cuivre. En 1797, Hugh Godfray, négociant en vin, ouvre une banque et émet des billets d’une livre. D’autres établissements apparaissent au fil des échanges maritimes, notamment avec Terre-Neuve. La circulation du papier repose alors sur la confiance dans une maison, ses associés et leur capacité à rembourser.

Dans un monde où les pièces manquent, une promesse écrite peut faciliter le commerce. Elle introduit aussi un risque nouveau : le porteur doit reconnaître l’émetteur et apprécier sa solidité. Les obligations imposées en 1813 aux émetteurs, puis l’exigence de garants en 1831, rappellent que l’expansion du papier s’accompagne d’un encadrement.

Revers d’un titre des États de Jersey de cinq livres britanniques, daté de 1840 dans la notice : « JERSEY STATES BOND ». Ce document de dette à intérêt ne doit pas être confondu avec les billets de circulation émis à partir de 1941.
Revers d’un titre des États de Jersey de cinq livres britanniques, daté de 1840 dans la notice : « JERSEY STATES BOND ». Ce document de dette à intérêt ne doit pas être confondu avec les billets de circulation émis à partir de 1941.États de Jersey (document, 1840) ; reproduction bisco5, via Donald Trung · Notice source · Public domain — PD-old / Public Domain Mark · format optimisé

Le titre des États de 1840 présenté ici porte le mot bond. C’est un document de dette à intérêt, et non l’équivalent ancien d’un billet moderne de caisse. La distinction importe : une valeur faciale en livres et un nom officiel ne suffisent pas à classer tout imprimé comme billet de circulation.

Le XIXe siècle connaît parallèlement les jetons d’argent de 1813, de trois shillings et de dix-huit pence, frappés à la Royal Mint pour répondre à la pénurie d’espèces. Papier privé, titres publics et monnaies métalliques appartiennent à la même histoire des besoins de paiement, mais ne remplissent pas tous la même fonction. Les difficultés des banques locales dans les années 1870 montrent enfin combien la confiance dans une signature peut devenir fragile.

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1941–1945 : du papier pour remplacer les pièces

L’Occupation allemande bouleverse à nouveau les conditions matérielles du paiement. Les pièces d’argent se raréfient ; le gouvernement de Jersey explique notamment leur disparition par les prélèvements comme souvenirs des soldats occupants. Le problème n’est pas seulement celui des grosses dépenses : sans petite monnaie, rendre l’appoint devient difficile.

La loi du 29 avril 1941 autorise une émission de billets de deux shillings. La première réponse est sobre et utilitaire. Les exemplaires conservés par Jersey Heritage montrent les armes insulaires, des lettres bleues et un fond imprimé rouge. Le papier prend la place d’une valeur que l’on s’attendrait à recevoir en métal.

Une autorisation élargie à la fin de 1941 prépare les billets dessinés par Edmund Blampied, émis à partir de 1942. La série comprend six pence, un shilling, deux shillings, dix shillings et une livre. À l’échelle d’un budget domestique, le billet de six pence montre à quel point le manque de pièces peut transformer la forme de l’argent.

Blampied donne à cette monnaie de nécessité une présence artistique insulaire. Le lien entre l’artiste et l’émission est matériel : Jersey Heritage conserve aussi des exemples et des plaques d’impression. Pour ces objets, le dessin, la technique et le contexte de production appartiennent au même témoignage historique.

La Libération de mai 1945 met fin à cette phase d’émission de nécessité. Elle ne conduit pourtant pas immédiatement à une série permanente de billets jersiais. Entre l’urgence de la guerre et l’organisation régulière de l’après-guerre, une nouvelle étape reste à franchir.

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1963 : une émission locale, une valeur en sterling

En juillet 1963, les États reprennent l’émission régulière de billets. Le cadre est celui de la loi de 1959, aujourd’hui intitulée Currency Notes and Currency Fund (Jersey) Law. La monnaie de papier devient un élément durable de la vie insulaire. Elle peut recevoir ses propres dessins sans que Jersey se dote pour autant d’une politique monétaire distincte.

Le mécanisme est concret. Les banques obtiennent les billets du Trésor en lui versant leur contre-valeur en sterling. Les ressources liées à l’émission alimentent le fonds monétaire ; les placements peuvent produire un revenu pour l’île, après prise en compte des dépenses et des obligations de remboursement. Imprimer de l’argent local ne signifie donc pas disposer gratuitement de sa valeur faciale.

Cette distinction permet aussi de comprendre l’acceptation des espèces. Les billets jersiais ont cours légal à Jersey selon la loi locale. Leur parité ne leur confère pas automatiquement le même statut dans les autres territoires du sterling. La valeur d’une unité et la reconnaissance d’un morceau de papier sont deux questions différentes, au cœur de l’histoire des monnaies territoriales.

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Un douzième de shilling de 1964 : le penny ancien subsiste sous une légende fractionnaire, avec le portrait d’Élisabeth II et les armes insulaires.Numizmatyk / Jamnik z Tarnowa · Notice source · CC BY-SA 4.0 · format optimisé

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1971 : le shilling quitte les comptes

Le 15 février 1971, Jersey adopte la livre divisée en cent nouveaux pence. La date figure explicitement dans la loi jersiaise. La livre reste la livre : c’est sa subdivision qui change. L’ancien système comptait vingt shillings de douze pence, soit 240 pence pour une livre.

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Un nouveau penny de 1971 : « NEW PENNY » remplace les fractions du shilling. Les armes de Jersey demeurent, tandis que l’unité vaut désormais un centième de livre.MottaW · Notice source · CC BY 4.0 · format optimisé

Un nouveau penny représente donc 2,4 anciens pence. Un shilling correspond à cinq nouveaux pence et dix shillings à cinquante. Ces équivalences sont exactes ; pour les très petites sommes, la conversion et les arrondis réclament des règles. Les dispositions légales concernent les comptes bancaires, les instruments écrits et les paiements périodiques : la réforme dépasse largement le changement du contenu des porte-monnaie.

Trois façons de subdiviser la monnaie
PériodePetite unitéRepère
Pièces de 1841 à 1871Penny local = 1/13 shillingDeux sous anciens
Pièces à partir de 1877Penny = 1/12 shilling240 anciens pence par livre
Depuis le 15 février 1971Nouveau penny = 1/100 livre100 pence par livre

La photographie du penny de 1971 montre la continuité des armes et du portrait royal, tandis que la légende New Penny annonce une nouvelle manière de compter. Jersey adopte la simplification commune du sterling et conserve sa présence visuelle sur les objets. Le passage de treize à douze, puis de 240 à cent, fournit un fil conducteur exceptionnellement lisible à travers les collections.

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Des pièces pour lire le paysage

Sur une pièce, le motif doit rester intelligible dans un cercle de quelques centimètres. L’écu aux trois lions est particulièrement adapté à cet espace : un signe immédiatement reconnaissable, capable de traverser les changements de souverain et de système monétaire. Les motifs de patrimoine ouvrent un autre registre, celui des lieux que les habitants peuvent reconnaître.

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Pièce décimale de deux pence : l’ermitage associé à saint Hélier fait entrer le patrimoine religieux et maritime dans la monnaie quotidienne.Numizmatyk / Jamnik z Tarnowa · Notice source · CC BY-SA 4.0 · format optimisé

La pièce de deux pence illustrée représente l’ermitage associé à saint Hélier. L’édifice réunit dans une petite image un nom, un lieu et un récit religieux. L’intérêt documentaire d’une monnaie dépasse ainsi son portrait principal : le revers peut être une porte d’entrée dans la géographie et la mémoire d’une île.

Les émissions commémoratives prolongent cette fonction. Elles ne répondent pas seulement au besoin de rendre la monnaie : elles évoquent des événements, des anniversaires ou des personnes et s’adressent aux collectionneurs. Le gouvernement indique aussi qu’elles servent à faire connaître Jersey et à produire des recettes.

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Avers des cinq livres commémoratives de 1990, pour le cinquantenaire de la bataille d’Angleterre : portrait d’Élisabeth II par Raphael Maklouf. Cette grande pièce d’argent est une émission de collection, distincte des petites espèces courantes. Collection Auckland Museum, 785658, 2015.x.94.Auckland Museum Tāmaki Paenga Hira ; dessin : Royal Mint, Raphael Maklouf / Ian Rank-Broadley · Notice source · CC BY 4.0 · format optimisé

Une pièce de collection doit donc être décrite selon son usage réel. Sa valeur faciale, son métal, sa finition et son prix de vente sont des notions différentes. Il serait trompeur de présenter chaque émission commémorative comme une pièce courante rencontrée au marché ; il serait tout aussi réducteur d’ignorer ce que son dessin révèle des sujets qu’un territoire souhaite mettre en avant.

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Les billets : un atlas en trois langues

La série introduite en avril 2010 fait de la monnaie un petit atlas culturel. L’anglais occupe le recto ; le français et le jèrriais expriment la valeur au verso, auprès des armes des douze paroisses. Écrire une livre sous plusieurs formes donne une visibilité quotidienne à l’histoire linguistique de Jersey.

Le portrait d’Élisabeth II accompagne des monuments, des maisons et des œuvres. Les tours côtières relient les coupures entre elles. La composition permet deux lectures : identifier rapidement le montant grâce à la couleur et aux grands chiffres, puis découvrir le territoire en observant les détails.

Les cinq coupures de la série de 2010
ValeurCouleurMotifs principaux, recto / versoTour au verso
£1VertMonument à la Liberté / La Hougue BieLe Hocq
£5BleuLe Rât Cottage / Les Augrès ManorArchirondel
£10SienneL’Ermitage / verreries Lalique de Saint-MathieuSeymour
£20VioletBâtiment des États / intérieur de l’AssembléeLa Rocco
£50RougeMont Orgueil / maisons de La Marmotière, aux ÉcréhouOuaisné

Ces associations rapprochent les échelles de temps : le billet d’une livre relie la mémoire de la Libération à un site néolithique ; celui de vingt livres montre l’institution parlementaire. Le territoire se raconte par ses paysages autant que par son gouvernement.

La sécurité participe à ce langage visuel. Le filigrane de la vache de Jersey adapte un symbole familier à une fonction technique ; l’impression en relief et les formats croissants facilitent la reconnaissance tactile et visuelle. Des hologrammes figurent sur les coupures de dix, vingt et cinquante livres. Le soin graphique est aussi une question d’usage, particulièrement pour les personnes malvoyantes.

Les commémorations peuvent enfin susciter des coupures exceptionnelles. En janvier 2012, le ministre approuve l’épreuve du billet de cent livres destiné au jubilé de diamant d’Élisabeth II, avec une fabrication confiée à De La Rue. Cette émission doit être distinguée de la série ordinaire de cinq valeurs.

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Ce que la livre conserve

Le parcours de Jersey est fait de transitions plutôt que d’effacements : de la livre tournois au sterling, des sous aux fractions du shilling, du métal rare au papier de nécessité, puis des anciens pence au système décimal. À chaque étape, il faut rendre compatibles des usages nouveaux et une mémoire locale.

Cette mémoire ne disparaît pas avec un changement de règne. Le gouvernement a rappelé en septembre 2022 que la mort d’un souverain ne rendait pas automatiquement les espèces existantes privées de cours légal. Les portraits appartiennent à des séries historiques dont le remplacement est une décision d’émission ; ils ne constituent pas à eux seuls un calendrier d’invalidité.

Tenir une pièce de Jersey, c’est donc rencontrer plusieurs histoires à la fois. Une fraction peut conserver le souvenir d’un sou français ; une lettre révèle un atelier de Birmingham ; un paysage ou un mot jèrriais fait réapparaître une autre dimension de l’île. La parité avec le sterling assure une unité de valeur, tandis que les objets monétaires donnent à cette valeur un visage jersiais.

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Sources et crédits

Références consultées le 15 octobre 2026. Les numéros placés après les chapitres renvoient aux documents ci-dessous. L’ouvrage de 1897 est utilisé pour ses descriptions et archives monétaires ; ses interprétations antiques sont confrontées aux recherches de Jersey Heritage.

  1. Jersey Heritage — Le Câtillon II, découverte et conservation
  2. Jersey Heritage — Les Quennevais, trésor de monnaies romaines
  3. Gouvernement de Jersey — Histoire constitutionnelle
  4. B. Lowsley, The Coinages of the Channel Islands, 1897, p. 9–33
  5. Loi (1835) sur la monnaie — effet au 1er octobre 1834
  6. États de Jersey — P.2/2021, rappel des émeutes de 1730
  7. Gouvernement de Jersey — On Demand, brochure historique et iconographique de 2010
  8. Jersey Heritage — billets de deux shillings de 1941, State/0002/00038/0704/145
  9. Currency Notes and Currency Fund (Jersey) Law 1959 — texte consolidé
  10. Decimal Currency (Jersey) Law 1971 — articles 1 et 2
  11. Gouvernement de Jersey — émission et garantie, réponse du 24 novembre 2015
  12. Gouvernement de Jersey — mécanisme de revenu de l’émission
  13. Gouvernement de Jersey — nouvelle série, avril 2010
  14. Gouvernement de Jersey — iconographie, accessibilité et sécurité des billets
  15. Gouvernement de Jersey — approbation du billet de £100, 23 janvier 2012
  16. Gouvernement de Jersey — objectifs des monnaies commémoratives
  17. SIX — liste officielle des codes ISO 4217 (entrée JERSEY : GBP)
  18. Gouvernement de Jersey — remplacement des espèces, déclaration du 26 septembre 2022
  19. Musées de Reims — 1/26 shilling, 1841, inventaire 929.16.78

Les photographies sont stockées localement et s’affichent hors connexion. Les crédits accompagnent chaque image ; le manifeste précise les licences et les transformations. Les billets d’Occupation et les billets modernes sont décrits sans reproductions dont les droits resteraient incertains. Le titre de dette de 1840 est identifié comme tel. Les références externes demandent une connexion. Manifeste des images.